Prudence Nazeyrollas  PsyNancy
Psychopraticienne - Coach
25 rue Gustave Simon - 54000 Nancy
Tel: 06 26 08 39 49 - Prudence@PsyNancy.com

La méthode Gordon

3 Aout 2013

Eduquer sans violence: la méthode gordon

J'avais mentionné dans l'article " Eduquer sans violence " la méthode Gordon, j'y reviens de manière plus détaillée dans cet article.
Je vous invite à lire ses livres, cet article est juste là pour vous en donner une idée aussi claire que possible, synthétiser et reprendre les erreurs d'interprétations les plus communes vues sur le Net.

 

3 situations, 3 outils:

A chaque situation correspond un outils, la confusion entre les situations est un problème récurrent. Je vais les redéfinir schématiquement puis donner des exemples:
Savoir qui a le problème me dit comment réagir:

 Qui a le problème

La réponse, la solution

L'enfant

L'écoute active

Moi/le parent

Le message "Je"

Les deux

La résolution de conflits

 

 

L'enfant a le problème --> l'écoute active:

Qu'est-ce que c'est?

L'écoute active est un outil très agréable à utiliser quand on en a pris l'habitude. Au début cela semble souvent un peu faux, un peu bancal, mais au fur et à mesure il permet de vraiment avoir de meilleurs rapports avec les autres. L'écoute active va être, certes, d'écouter l'autre, mais également de lui renvoyer ce que l'on a compris, ce que l'on a cru comprendre qu'il pensait ou ressentait.
Il s'agit de l'utiliser quand l'enfant a besoin de se sentir écouté, compris, car en cas de détresse émotionnelle, de souffrance, de sentiment d'exclusion, de rejet, de colère... on a besoin de cela, on est heureux, soulagé, rassuré de voir nos sentiments être accueillis ainsi. Car c'est bien de cela qu'il s'agit: l'accueil, on est dans l'accueil de l'autre, de ses sentiments, de ce qu'il ressent, de ce qu'il est tout simplement. Ici, dans le cadre éducatif, c'est aussi une manière de lui dire: j'accepte, ce que tu ressens, ce que tu es, tu peux grandir sereinement, sans être jugé... Il faut effectivement réellement accepter les émotions, les sentiments de l'autre, un réel accueil, pas un simulacre.

Exemples:

Dans la pratique ça ressemble un peu à ça:
E (Enfant): Pfff, j'en ai ras le bol! Il ne comprend rien, il est nul, il m'énerve!
P (Parent): Tu es très en colère, tu es fâché après lui.
Il ne s'agit pas de le faire pour tout et n'importe quoi:
E: Je ne trouve pas mon taille-crayon
P: Tu es triste de ne pas trouver ton taille-crayon?

Quand?

Dans le deuxième cas, l'écoute active n'aurait non seulement aucun intérêt mais en plus cela aurait de fortes chances d'énerver l'enfant. Alors que dans le premier cas elle aurait montré à l'enfant qu'il était accepté et soutenu.

Cette méthode de l'écoute active n'est pas propre à Gordon, on l'utilise d'ailleurs comme un outil de base dans les relations d'aide et d'accueil professionnel.
Gordon explique les freins à la communication comme donner des conseils, essayer de rassurer à tout prix, réfuter les sentiments etc. Il en recense 12 catégories, je vous laisserai les découvrir avec lui si cela vous intéresse.

Les principales difficultés:

Au début il arrive que cela semble peu naturel, mais il ne faut pas hésiter à expliquer à l'enfant ce que l'on fait puisqu'on le fait pour vraiment l'écouter, c'est un merveilleux cadeau que cette écoute, et qu'on ne le fait pas dans le but de le manipuler.
Cela demande du temps, mais les problèmes ont-ils lieu si fréquemment? Autrement si vous n'avez pas le temps sur le moment vous pouvez le dire à votre enfant: "J'aimerai t'écouter mais là je ne peux pas, je n'ai pas le temps, si tu veux on en reparlera plus tard, quand je pourrai vraiment t'écouter." Dans l'idéal, c'est toujours plus agréable si c'est fait tout de suite, mais la vie n'est pas toujours si simple et parfois il faut sursoir, c'est aussi une leçon pour les enfants.
Accepter ce que l'enfant dit, parfois les émotions de l'enfant peuvent être difficiles à supporter pour nous (la colère envers nous ou des proches, les "je ne t'aime pas", "je ne l'aime pas"). Les sentiments, les émotions sont passagers, incontrôlables et éphémères.
 

Le parent a le problème --> Le message "Je":

Qu'est-ce que c'est?

Il s'agit tout simplement et tout bêtement de dire ce que l'on veut, ce que l'on ressent! Je dit "tout bêtement" et pourtant ceci est bien compliqué pour beaucoup de personnes et nécessite souvent un apprentissage. Il ne s'agit pas de dire "Je me sens mal parce que tu m'embêtes" qui revient au final à un message "tu" déguisé ("tu m'embêtes, "tu es méchant"...) et donc qui pourrait être pris comme une "agression" par l'enfant et être rejeté. Ici le parent explique ses émotions vis à vis d'un comportement de l'enfant et lui demande son aide pour que le sentiment désagréable disparaisse.

On réfléchit en 3 points:
Le comportement problématique de l'enfant
Le sentiment, l'émotion
La raison, le pourquoi

Ce qui nous donne une phrase du genre "Quand tu fais ça, je ressens ça parce que ceci".

Exemples:

"Quand tu fais du bruit dans le salon alors que je suis avec une amie, je suis contrariée, parce que je ne peux pas discuter avec elle."
La structure n'est pas obligatoirement si rigide, ce sont les éléments qui comptent:
"Si tu ne dis pas bonjour à ta grand-mère, je vais être triste car je sais qu'elle sera peinée et que je l'aime."

Quand ?

Quand c'est le parent qui a un problème avec le comportement mais pas l'enfant.

Les principales difficultés :

Les enfants, n'ont pas forcément envie d'aider. Gordon conseille de déjà pratiquer l'écoute active (pas sur le moment, mais quand l'enfant en a besoin) pendant quelques temps, l'enfant sera plus disposé à aider s'il sent que le reste du temps il est aidé et soutenu, il voudra rendre la pareille. Les enfants apprennent essentiellement par imitation, par reproduction de ce que font les parents. Si on l'aide et le soutient, il voudra lui aussi aider.
Le « je » peut ne pas être entendu, certaines personnes ont du mal à apprendre à s'affirmer (sans marcher sur les autres).
Certains parents ont peur de culpabiliser l'enfant, mais Gordon fait une pertinente distinction entre une culpabilité chronique, malsaine, permanente, associée à ce que l'enfant est (« Je suis mauvais, méchant, bon à rien... je suis un poids pour mes parents » parce que ses parents lui auront répété « Tu es méchant... Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça/un enfant pareil? ») et une autre forme de culpabilité qui est liée à une erreur/bêtise, proportionnelle à la faute, qui va pouvoir être effacée avec une réparation de la faute ou son arrêt etc.
 

Les deux ont le problème --> La résolution des conflits/la méthode sans perdant:

Qu'est-ce que c'est ?

Il est important qu'il n'y ait pas de perdant, tout le monde doit être satisfait, content. Le parent ne « cède » pas, il obtient ce qu'il veut mais d'une manière où l'enfant est aussi content. Il faut bien identifier ce que l'on veut et pourquoi on le veut, parfois une identification trop généraliste est source de conflit car on va croire que les but de l'enfant et du parent ne sont pas compatibles.

Exemples :

Des parents qui veulent qu'un enfant mange des légumes (pour sa santé) et l'enfant dit ne pas aimer... d'où le conflit car pour le bien de l'enfant ils ne peuvent pas céder sur le fait qu'il doit en manger. Là il s'agit de réfléchir avec l'enfant à une solution, dans le livre cet exemple est donné et la solution trouvée a été de faire une liste des légumes que l'enfant aime et de ceux qu'il n'aime pas, il devra manger de ceux qu'il aime et ne sera pas obligé de manger ceux qu'il n'aime pas. D'autres solutions auraient pu aussi être envisagées, comme faire des mélanges (ratatouille), changer le mode de cuisson (on peut aimer les endives et les carottes crues mais pas cuites ou le contraire) ou le mode de cuisine sur certains aliments (gratin de choux-fleur, purée de céleri, purée patate-carotte)... Les solutions vont dépendre des parents et de l'enfant, de ce qui est faisable et de ce qu'ils souhaitent.

Quand?

Quand les parents et les enfants ont un problème à régler.

Les principales difficultés :

Il faut parfois modérer les enfants, surtout les plus jeunes, dans les résolutions de conflit, car parfois ils se surestiment et proposent des solutions qu'ils ne pourront pas tenir. Le parent peut aussi lui dire qu'il lui semble que ce serait trop dur pour lui. Une solution peut être mise à l'essai pour voir si elle convient ou non. Ce n'est pas dans l'intérêt du parent que d'accepter trop vite une résolution trop difficile pour l'enfant, des paliers peuvent aussi être mis en place pour permettre à l'enfant d'accéder à sa proposition.
 

Sur l'ensemble de la méthode :

L'âge de l'enfant

Du plus petit (nourrisson) au plus âgé (même adulte et indépendant). Le nourrisson a d'autres moyens d'expressions que la parole et on peut proposer d'une manière autre que verbale. Ne le fait-on pas lorsqu'un tout petit enfant saisi un objet potentiellement dangereux en lui reprenant et en lui en donnant un autre ? On se contente (le retrait de l'objet dangereux nous rassure) en contentant l'enfant (qui a un objet pour jouer). On peut également agir ainsi avec un adulte, sans visée éducative: on l'écoute, on affirme nos sentiments et nos besoins et on essaye de contenter tout le monde.

Attention à la confusion, il ne s'agit pas d'être permissif

Il faut des limites à un enfant mais le problème est de savoir comment poser les limites. Le parent permissif ne pose pas de limite ou les pose mais ne fait rien ou n'arrive pas à les faire respecter. Ici, on pose bien des limites. On essaye de ne pas forcer l'enfant à les respecter mais de l'amener à les respecter, à vouloir les respecter. En réalité on peut se représenter ça ainsi :

On interdit de griller un feu rouge: 
Avec une méthode autoritaire : Non franchissement par crainte de se faire attraper par la police
Avec la méthode permissive : Franchissement
Avec la méthode Gordon : Non franchissement parce que l'on sait/pense que c'est dangereux.

Soyons honnêtes, pour la plupart des gens, la raison pour laquelle ils ne vont pas franchir le feu rouge est la police/l'amende, en fait la punition, mais franchement, que pensez-vous qu'il est le plus souhaitable ? Quel automobiliste préféreriez-vous croiser, une nuit, à un carrefour non surveillé?
 

Le temps

J'ai dit plusieurs fois que des méthodes nécessitaient du temps mais je pense qu'il s'agit d'un investissement en quelque sorte. Prendre du temps pour écouter, s'exprimer et pour gérer les conflits une bonne fois pour toute amènera des enfants plus apaisés, plus conciliants, des parents plus détendus, plus sereins, qui savent mieux ce qui est important pour eux et également une paix beaucoup plus durable sur le long terme; et donc au final un gain de temps une fois que la dynamique s'est installée et un gros gain d'énergie à ne plus répéter, crier, hurler, s'énerver...
 

Ressources et remarques

Ressources

« Parents efficaces au quotidien » du Dr Thomas GORDON
Je n'ai pas lu "Parents efficaces mais il parait que "parents efficaces au quotidien" est plus facile à lire, plus riche en exemples.
Atelier Gordon
 

Remarques

Vous remarquerez peut-être que ce que certains points de la méthode Gordon contredisent ce que j'écrivais dans l'article Éduquer sans violence, c'est effectivement le cas. D'après ce que j'ai pu lire, un certain nombre de parents n'arrivent pas à mettre en place la méthode Gordon, donc j'ai jugé préférable de ne pas supprimer l'autre article. Je pense que si on peut avec succès utiliser la méthode Gordon, elle est préférable, mais comme ce n'est pas toujours le cas, les autres trucs et astuces peuvent toujours être des petits-coups de pouce pour ne pas en arriver à une éducation violente.
 

Mes relations avec les autres

Thomas Gordon a écrit ce qu'on peut présenter, je pense, comme le manifeste de la philosophie de l'éducation qu'il prône. Ce manifeste exprime très clairement la ligne de conduite que l'on retrouve dans son livre et peut être appliqué à n'importe quelle relation humaine. Même si elle est souvent présentée comme une déclaration d'intention des parents vers les enfants ou plus exactement vers la relation parent-enfant, elle peut s'accorder harmonieusement de n'importe quelle relation. Gordon ne travaille d'ailleurs pas que dans le domaine de l'éducation, loin de là.

Toi et moi vivons une relation que j'apprécie et que je veux sauvegarder.

Cependant, chacun de nous demeure une personne distincte ayant ses besoins propres et le droit de les satisfaire.

Lorsque tu éprouveras des problèmes à satisfaire tes besoins, j'essaierai de t'écouter, de t'accepter véritablement, de façon à te faciliter la découverte de tes propres solutions plutôt que de te donner les miennes. Je respecterai aussi ton droit de choisir tes propres croyances et de développer tes propres valeurs, si différentes soient-elles des miennes.

Quand ton comportement m'empêchera de satisfaire mes besoins, je te dirai ouvertement et franchement comment ton comportement m'affecte, car j'ai confiance dans le fait que tu respectes suffisamment mes besoins et mes sentiments pour essayer de changer ce comportement qui m'est inacceptable. Aussi, lorsque mon comportement te sera inacceptable je t'encourage à me le dire ouvertement et franchement pour que je puisse essayer de le changer.

Quand aucun de nous ne pourra changer son comportement pour satisfaire les besoins de l'autre, reconnaissons que nous avons un conflit ; engageons-nous à le résoudre sans recourir au pouvoir ou à l'autorité pour gagner aux dépens de l'autre qui perdrait. Je respecte tes besoins et je dois aussi respecter les miens. Efforçons-nous de toujours trouver à nos inévitables conflits des solutions acceptables pour chacun de nous. Ainsi tes besoins seront satisfaits, et les miens aussi . Personne ne perdra, nous y gagnerons tous les deux.

De cette façon, en satisfaisant tes besoins tu pourras t'épanouir en tant que personne et moi de même. Nous créerons ainsi une relation où chacun pourra devenir ce qu'il est capable d'être. Et nous pourrons poursuivre notre relation dans le respect et l'amour mutuels et dans la paix.

Thomas Gordon


Photo crédit: Wonders777

Partagez sur les réseaux sociaux

Catégories

Autres publications pouvant vous intéresser :

Commentaires :

Laisser un commentaire
Aucun commentaire n'a été laissé pour le moment... Soyez le premier !