Prudence Nazeyrollas  PsyNancy
Psychopraticienne - Coach
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Le sexisme ambivalent

7 Juin 2019

Sexisme ambivalent, sexisme hostile, sexisme bienveillant & féminisme
[Cet article est assez long (temps de lecture estimé: 15 minutes) et complexe, si vous le souhaitez vous pouvez passer directement à la partie "Conclusion et discussion".] 



Mots-clefs :
Sexisme, sexisme ambivalent, sexisme hostile, sexisme bienveillant, inégalité, genre, discrimination, féminisme

Résumé
Le but de cette revue de littérature non exhaustive sur le sexisme ambivalent est de dresser un rapide panorama autour du récent concept de sexisme ambivalent : ses définitions, sa construction, ses dimensions, son domaine d’action, ses mécanismes de préservation, son intégration dans l’idéologie sexiste et sa contribution au maintien des inégalités de genre au sein des sociétés patriarcales.

 

Introduction

Le sexisme est généralement représenté comme une attitude hostile, agressive, vis-à-vis des femmes et causant des discriminations et agressions (violences, insultes, agressions psychologiques, physiques et sexuelles) envers les femmes. Il existe cependant plusieurs formes de sexismes dont une, plus subtile, sournoise, pernicieuse qu’est le sexisme dit bienveillant.

Depuis les années 90, un nouveau paradigme émerge, délaissant la conception d’un sexisme unidimensionnel pour construire une vision bidimensionnelle reposant sur le concept de sexisme ambivalent. Je me propose de présenter succinctement ce sexisme bidimensionnel composé du Sexisme Hostile (Hostil Sexism, HS) et du Sexisme Bienveillant (Benevolent Sexism, BS).

Bien qu'encore peu connus du grand public, les concepts de sexisme ambivalent et bienveillant commencent à percer dans la culture populaire, ainsi Kelly Sue Deconnick déclare dans Bitch Planet :
"Je crois que la véritable misogynie est très rare. Elle se niche dans les milliers de petites réflexions désobligeantes. Ce sont les mecs qui veulent notre bien, mais ne se rendent pas compte qu'ils ne nous considèrent pas comme des humains à part entière. Ils croient bien faire, mais ils sont convaincus que nous sommes limitées par notre sexe et que nous n'avons pas les mêmes capacités qu'eux. Le plus dangereux sexisme, c'est celui qui vous aime, celui qui vous protège".

 

Éléments de définitions


Le sexisme ambivalent repose sur deux types de sexisme partageant les mêmes racines tout en ayant des expressions et des ressentis différents (Mikolajczak et Pietrzak, 2014). Ces deux types de sexisme sont le sexisme hostile (HS) et le sexisme bienveillant (BS).

Le sexisme hostile représente une hostilité, une agressivité, envers les femmes contre-stéréotypiques ou défiant la domination masculine, typiquement représentées par les femmes carriéristes et les féministes.

Le sexisme bienveillant exprime une attitude protectrice qui ennoblit et idéalise les femmes stéréotypiques, remplissant les rôles traditionnellement féminins, classiquement représentées par les femmes au foyer. Le BS doit être différencié du sexisme moderne et du néo-sexisme qui nient les discriminations dont sont victimes les femmes et pour lesquelles plusieurs études ont montré une absence de corrélation avec le BS mais un lien avec l’HS. Il s’agit d’une forme de sexisme à part entière et seulement récemment explorée (Dardenne et Sarlet, 2012).


Ces concepts s’appuient sur les notions de stéréotypes, de dominance sociale, de mythes légitimateurs (croyances légitimant l’ordre établi et la hiérarchie sociale). Certaines idéologies développent les croyances accentuant (HE, Hierachy Enhancing, e.g. sexisme, conservatisme, racisme etc.) ou atténuant (HA, Herarchy Attenuating, e.g. féminisme, humanisme, etc.) la justification des hiérarchies sociales (Sidanus et Pratto, 99).

Je rappelle que Leyens définit les stéréotypes comme "des croyances partagées concernant les caractéristiques personnelles d'un groupe de personnes". Les stéréotypes sont le versant cognitif, les préjugés sont le versant attitudinal, là où les discriminations sont le versant comportemental, des dynamiques des groupes. Les préjugés ont donc également une dimension prescriptive, cette dimension est essentielle à prendre en compte puisqu’elle va contribuer au maintien et à la justification du système (Jost et Banaji, 1994, repéré à Sarlet et Dardenne, 2012).


Afin de mesurer ce sexisme ambivalent et ses deux dimensions, Glick et Fiske (1996) ont élaboré une échelle de mesure des croyances sexistes positives et négatives envers les femmes, l'Ambivalent Sexism Inventory (ASI) dont la version francophone, l’Échelle du Sexisme Ambivalent (ESA), a été validée par Dardenne et ses collaborateurs (Dardenne, Delacollette, Grégoire, & Lecocq, 2006). L'ASI explore ainsi les attitudes au niveau interpersonnel et non sociétal.

L'ASI a été largement validée, à travers 15 pays sur plus de 15 000 hommes et femmes, et les dimensions HS et BS sont très nettement corrélées, ce de manière transculturelle (Dardenne et col, 2006, repéré à https://corpsetpolitique.noblogs.org/post/2017/05/10/quand-le-sexisme-se-veut-bienveillant/ (1)).


 

Mécanismes en œuvre

Corrélations entre HS, BS et légitimation de la violence

Le HS et le BS sont non seulement corrélés entre eux mais également aux attitudes qui légitiment la violence (Glick, Sakalli-Ugurlu Ferreira, Aguiar de Souza, 2002) et à l’inégalité entre les sexes.

Le BS n’est pas une attitude globalement positive envers les femmes, il est conditionné à la soumission des femmes aux hommes et à leur respect des rôles stéréotypiquement masculins et féminins.

Chez les hommes et les femmes, le HS prédit une plus grande tolérance aux violences conjugales ; et de manière globale le HS est plus élevé chez les hommes que chez les femmes. Le BS n'est pas directement prédictif de la tolérance aux violences conjugales, une fois pris en compte le HS. Par contre HS et BS sont corrélées et donc, le BS est corrélé à une attitude plus favorable vis-à-vis des violences conjugales via l'HS (il serait intéressant d’investiguer plus en avant sur cette relation, s’agit-il d'une modération, d'une médiation ?). Même si dans cette étude, il n'y a pas de lien de causalité montré, mais uniquement de corrélation, il est intéressant de noter que les hommes sexistes ambivalents (ayant des scores élevés d'HS et BS), veulent à la fois sauver la princesse en détresse et justifier la violence envers les femmes non conformes aux rôles genrées (Glick et col., 2002).


Le sexisme ambivalent repose sur deux dimensions se nourrissant l'une de l'autre en un cercle vicieux: plus les hommes sont hostiles aux femmes, plus ils sont dangereux, plus les femmes acceptent et encouragent le BS afin d'être protégées.

Simone de Beauvoir (1949) exprime parfaitement à plusieurs reprises cette ambivalence, cette apparence de paradoxe :
« Au lieu de leur faire porter les fardeaux comme dans les sociétés primitives, on s’empresse de les décharger de toute tâche pénible et de tout souci : c’est les délivrer du même coup de toute responsabilité. On espère qu’ainsi dupées, séduites par la facilité de leur condition, elles accepteront le rôle de mère et de ménagère dans lequel on veut les confiner. »
« Balzac exhorte l'époux à la tenir dans une totale sujétion s'il veut éviter le ridicule du déshonneur. Il faut lui refuser l'instruction et la culture, lui interdire tout ce qui lui permettrait de développer son individualité, lui imposer des vêtements incommodes, l'encourager à suivre un régime anémiant. [...] Par compensation, on les honore, on les entoure des plus exquises politesses. "La femme mariée est une esclave qu'il faut savoir mettre sur un trône", dit Balzac. »

 

Religions

Le sexisme fait partie d’un ensemble de systèmes de croyances plus général. Le BS contribuant à maintenir la stabilité sociale.

Certaines féministes pensent les religions comme profondément antagonistes à l’égalité entre les genres.
« Le conflit entre le féminisme et les religions est presque naturel, ils sont antinomiques. Le féminisme plaide pour les droits des femmes sur leur propre corps, la religion pour les droits des hommes ou de la société sur le corps des femmes. Le féminisme se bat pour que les femmes se fassent entendre, la religion pour qu'elles restent silencieuses. » (Shevchenko et Hillier, 2017)
« Quelles que soient les religions, elles se sont montrées toutes hostiles à l'émancipation des femmes et apparaissent encore comme des vecteurs de leur infériorisation et de leur soumission aux autorités masculines. » (Le Menn, 2018).

Qu’en est-il vraiment ? La religion est une des institutions sociales les plus performantes pour créer et justifier les hiérarchies sociales, mais est-elle, de nos jours, encore associée à une soumission des femmes ? Ces textes ont-ils toujours un impact ?
« dans le Nouveau Testament: "Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur; car le mari est chef de la femme, comme Christ est le chef de l'Église, qui est son corps, et dont il est le Sauveur. Or, de même que l'Église est soumise à Christ, les femmes aussi doivent l'être à leurs maris en toutes choses" (Épître aux Éphésiens 5,22-24) » (Shevchenko et Hillier, 2017)

Le sexisme ambivalent fait percevoir les femmes de manière à la fois positive (bonnes fournisseuses de soin) et négative (elles sont considérées comme peu fiables) simultanément et participe aux inégalités femme-homme. Cette tendance à la distinction essentialiste entre les hommes et les femmes semble universelle, transculturelle.

Selon Mikolajczak et Pietrzak (2014), la religiosité est un facteur prédictif significatif de sexisme bienveillant chez les femmes mais pas chez les hommes contrairement à ce qu’ont montré des études précédentes (Glick et col., 2002). La religiosité n’est pas liée au HS. On observe un effet indirect de la religiosité sur le sexisme bienveillant par l’intermédiaire du conservatisme. La religiosité pourrait contribuer directement et indirectement au sexisme ambivalent, via la médiation de valeurs conservatrices et l’encouragement des rôles masculins et féminins traditionnels (Mikolajczak et Pietrzak, 2014).

Les conclusions concernant les liens entre religiosité et sexisme ambivalent sont plus mitigées qu’attendu par Mikolajczak et Pietrzak. Il serait donc intéressant de poursuivre les recherches sur ce sujet. 


L’éducation est un facteur protecteur vis-à-vis de l’adhésion à l’idéologie sexiste.


 

Les deux visages d’Adam ou le masque d’Artémis : un visage pour deux expressions

Le sexisme ambivalent peut paraître profondément paradoxal : comment peut-on être à la fois bienveillant et hostile ? En fait les sexistes ambivalents ne le sont pas, les femmes ne sont pas traitées comme un ensemble homogène d’individus mais comme un regroupement peu utilisé de plusieurs sous-groupes qui eux sont traités. La maman ou la putain (2), Lilith ou Ève, caniveau ou piédestal, nous ne sommes pas dans une vision globale des femmes mais dans une dichotomisation. La prise en compte de la catégorisation est essentielle à la compréhension du sexisme ambivalent.

Glick, P. Diebold, J., Bailey-Werner, B., Zhu, L. (1997) se sont penchés sur la question au travers de deux études :
- La première a révélé que le sexisme ambivalent prédisait une polarisation plus grande dans les évaluations par les hommes des sous-types féminins générés spontanément.
- La seconde étude a montré que la composante négative de l’ambivalence sexiste (sexisme hostile) prédit des évaluations moins favorables des femmes dans un rôle non traditionnel (femmes de carrière), tandis que la composante subjectivement positive de l’ambivalence sexiste (sexisme bienveillant) prédit des sentiments favorables à l’égard des femmes dans un rôle traditionnel (femmes au foyer).


Le BS et le HS ne s’adressent pas aux mêmes femmes, c’est exactement ce qu’illustre Dworkin (posthume) :
« Dans un système qui valorise les hommes aux dépens des femmes, les filles pleines de pisse et de vinaigre portaient un plus lourd fardeau que les filles tout sucre, tout miel; les plus fortes étaient les plus punies, et le sont encore. »

Le sexisme ambivalent pourrait créer une dissonance cognitive. Grâce à la catégorisation des femmes en plusieurs sous-groupes (les bonnes et les mauvaises) pouvant être jugés indépendamment, le HS et le BS peuvent être utilisés concomitamment… sur des objets différents. Dans le sexisme ambivalent, les femmes correspondant aux stéréotypes traditionnels (femmes au foyer par exemple) vont recevoir des réponses de BS, tandis que les femmes dominantes ou non traditionnelles (carriéristes ou féministes par exemple) vont être confrontées à des réponses de type HS. Il n’y a pas de sentiment de conflit puisque les femmes ne sont pas classées dans les mêmes catégories. Les HS et BS renforcent l’idéologie sexiste sans créer de dissonance cognitive.

La catégorisation est habituelle, automatique et basée sur des stéréotypes. Ici cette catégorisation permet d’éviter un affect ambivalent et par là même la dissonance cognitive.
Les indices utilisés pour catégoriser les femmes sont essentiellement :
- L’acceptation (ou le rejet) des rôles genrés et des rapports de pouvoir traditionnels entre femmes et hommes.
- La sexualité. Les femmes sexy ont le pouvoir de satisfaire le désir d'intimité hétérosexuelle des hommes; dans le même temps, cependant, les sexistes hostiles craignent que les femmes sexy utilisent l'attraction des hommes comme un moyen d'usurper leur pouvoir. En conséquence, les femmes sexy peuvent être divisées en deux types suggérant de bonnes (mignonne) et de mauvaises (tentatrice) formes de sexualité, le premier faisant appel au BS et le dernier au HS.

Je viens de parler d’une dichotomisation des femmes mais on pourrait plus justement parler de trichotomisation, en effet les femmes sont parfois classées en trois sous-groupes : les traditionnelles (femmes au foyer), les non-traditionnelles (féministes, femmes faisant carrière) auxquelles s’ajoutent les femmes sexy (« bunny », objets sexuels). La catégorie des femmes sexy contient plusieurs sous-types, certains positifs, d’autres très négatifs, elle est bien plus ambiguë et bien moins utilisée.

Les hommes sexistes font preuve de plus d’HS vis-à-vis des femmes non traditionnelles (« salope » VS « indépendante ») comparé aux hommes non sexistes ; ils montrent également plus de BS vis-à-vis des femmes traditionnelles, et utilisent plus la sexualité pour définir les catégories en termes positifs (« sexy », « attirante ») que négatifs (« putes », « salope », « gouine »).

Le HS est significativement relié à des évaluations plus défavorables envers les femmes, alors que le BS est associé à des évaluations plus positives. Les sexistes ambivalents classent habituellement les femmes en catégories de celles qui sont appréciées et celles qui ne le sont pas. Les sous-catégories de femmes activent soit le HS, soit le BS, mais pas les deux en même temps sur la même cible.
Kelly Sue Deconnick faisait très justement remarquer que certaines personnes étaient « non-conformes » au premier coup d’œil et qu’elles étaient punies pour ça.

Une autre division permet d’éviter la dissonance cognitive, celle que l’on retrouve dans le Stereotype Content Model (SCM). Le jugement peut porter sur des dimensions différentes : la compétence ou la chaleur : l’attitude peut être favorable vis-à-vis des compétences intellectuelles ou de travail (les reconnaître) mais négative vis-à-vis des compétences sociales.

 

La triangulation des relations entre les genres

Basés sur un pôle dominateur hostile provenant du pouvoir structurel des hommes au niveau des institutions (politiques, religieuses, économiques) et sur un pôle protecteur bienveillant provenant du pouvoir dyadique où les hommes sont dépendant des femmes (reproduction, sexualité hétérosexuelle), on note trois aspects essentiels des relations entre les genres :
- Le paternalisme dominateur et protecteur où les femmes sont représentées comme incompétentes.
- Les femmes sont considérées comme plus communales (soumises, coopératives, sympathiques, gentilles) et les hommes plus agentiques (ambitieux, puissant, assertifs, compétents, performants).
- La sexualité : hostilité hétérosexuelle vis-à-vis des femmes séductrices, et bienveillance dans l’intimité hétérosexuelle pour les besoins romantiques et intimes des hommes avec les femmes (Glick et Fiske, 1996).

En s’appuyant sur cette représentation utilitaire des relations, le HS permet de maintenir la domination et le BS permet de satisfaire des besoins. Ils sont toujours intimement corrélés. Il est essentiel de rappeler que le BS est associé à la dimension de la dominance dans l’Orientation à la Dominance Sociale (ODS), mais pas à l’égalité ; et au niveau des pays, le BS est associé à une majoration des inégalités de genre. Le BS récompense les femmes endossant un rôle traditionnel, le HS puni celles qui ne le respectent pas, qui sont non-conformes aux rôles de genre. De plus, les femmes vont plus facilement accepter le BS quand on leur dit que les hommes leurs sont hostiles que quand elles ne sont pas menacées (Dardenne et Sarlet, 2012).

On note que l’autoritarisme de droite est associé au HS et aux évaluations négatives des féministes. (Glick et col., 1997).

 

Conséquences

Cercle vicieux

Bien que le sexisme bienveillant puisse être perçu comme positif au premier abord, ses racines sont identiques à celles du sexisme hostile et ses conséquences sont souvent négatives. Par exemple, comme les femmes sont stéréotypées comme étant plus justes et vertueuses que les hommes, elles se voient imposer une plus grande responsabilité concernant leur vie sexuelle et leur moralité.

D’un côté le HS prône l’infériorité des femmes et légitime le contrôle social par les hommes ; de l’autre, le BS idéalise les femmes dans leurs rôles traditionnellement genrés, et oriente les hommes vers la protection des femmes. Les HS et BS justifient conjointement la domination masculine. L’apparence de paradoxe n’est effectivement qu’une apparence.

De plus, les personnes pensent que les cibles ne correspondant pas aux stéréotypes, aux jugements ou aux représentations qu’elles se font de ces cibles, sont des exceptions au sein des groupes. Les exceptions ne remettent pas en cause leur vision monolithique du groupe.

Le BS est un outil très puissant de justification du système social.

 

Performances

Le BS cible les femmes associées aux rôles traditionnels (femme au foyer), qui seront perçues et se perçoivent comme plus sociables mais moins compétentes. Le BS amène les femmes à se percevoir et à être perçues plutôt en terme de sociabilité avec des conséquences sur leurs carrières. On observe une nette dévalorisation de la conception agentique des femmes au profit de la dimension communale. Les femmes adhérant au BS, brident plus leurs carrières (Dardenne et Sarlet, 2012).

Les comportements paternalistes provoquent une baisse des performances à la tâche chez les femmes mais pas chez les hommes. Les femmes confrontées au BS ont de moins bonnes performances cognitives à la tâche (ce n’est pas le cas face à des propos HS ou neutres). Le BS amène chez les femmes des pensées intrusives liées à des doutes concernant leurs capacités.

Il y a également une sorte de contamination de la perception : une femme victime du sexisme bienveillant va être perçue comme moins compétente (Ibid).


 

Conclusion et discussion

Comme les hommes sexistes placent certaines femmes sur un piédestal (femmes au foyer), ils proclament qu’ils ne détestent pas les femmes, ce qui rend le sexisme ambivalent particulièrement difficile à combattre (ils méprisent certaines femmes comme les carriéristes ou féministes, et en aiment d’autres : leurs petites amies, épouses, mères).
À noter que les femmes mises sur un piédestal peuvent en être jetées si elles ne répondent finalement pas parfaitement aux attentes des hommes sexistes (passer de mignonne à coincée si elle refuse les avances du sexiste par exemple).

Le BS est bel et bien un préjugé comme l’HS, il est d’ailleurs en relation avec l’HS, l’ODS et les inégalités de genre. C’est un processus de maintien des inégalités sociales. Le BS forme un duo efficace avec l’HS : Le BS récompense les femmes dans les rôles traditionnels et l’HS puni les femmes sortant de ce cadre, c’est la carotte ou le bâton. Le BS n’est pourtant généralement pas perçu comme un mécanisme sexiste et favorisant les inégalités de genre (les rendant même naturelles, logiques et inévitables via un mécanisme d’essentialisation), ce qui le rend encore plus pernicieux.

Le BS pose un problème particulièrement difficile car il ne semble pas être préjudiciable au premier abord. Dardenne rappelle qu’« être à la fois hostile et bienveillant est d'une efficacité redoutable pour maintenir un groupe dans son état de subordination ». C’est la technique désormais bien connue de la main de fer dans un gant de velours qu’on sait être particulièrement efficace « Ce constat est en accord avec la thèse défendue par différents auteurs, dont Mary Jackman, selon laquelle les groupes dominants maintiennent plus efficacement les inégalités sociales à travers l’influence persuasive de la bienveillance qu’à travers l’hostilité », développe Marie Sarlet.

Ses conséquences sont déjà démontrées via les baisses de performances cognitives et à la tâche suite à une confrontation au BS. On notera par ailleurs que la détérioration des performances suite à la menace du stéréotype est plus importante lorsqu’elle est subtile que flagrante. De la même manière, le BS provoque de manière plus nette une baisse des performances à la tâche et cognitive, que l’HS. Il s’agit de mécanismes similaires. Les recherches pourraient se poursuivre en ce sens.

Certains facteurs sont encore sujets à discussion comme l’influence de la religiosité, d’autres sont unanimes comme la corrélation des HS et BS.

Ce champ est encore relativement récent et les recherches à poursuivre nombreuses afin d’affiner le paradigme du sexisme ambivalent : son mode de fonctionnement, ses conséquences et les moyens d’y répondre.

À titre individuel on notera déjà que le feedback positif sur les aptitudes à la tâche de la femme confrontée au BS, permet de contrer l’activation du concept d’incompétence activée par le BS.


 

Bibliographie

Beauvoir, S. (1949). Le deuxième sexe, Tome I. Éditions Gallimard.

Bourdieu, P. (1998). La Domination masculine. Éditions du Seuil.

Dardenne, B., Delacollette, N., Grégoire, C., & Lecocq, D. (2006). Structure latente et validation de la version française de l’Ambivalent Sexism Inventory : l’échelle de sexisme ambivalent. L’Année Psychologique, 196, 235-264.

Dworkin, A. (2017). Souvenez-vous, résistez, ne cédez pas. Canada: Les éditions du remue-ménage/éditions du Syllepse.

Glick, P. Diebold, J., Bailey-Werner, B., Zhu, L. (1997). The Two Faces of Adam: Ambivalent Sexism and Polarized Attitudes Toward Women. Personality and Social Psychology Bulletin 23(12):1323-1334. DOI: 10.1177/01461672972312009

Glick, P., Fiske, S. (2001). An ambivalent alliance Hostile and benevolent sexism as complementary justifications for gender inequality. American psychologist, Vol. 56, No. 2, 109-118 DOI: 10.1037//O003-066X.56.2.1O9

Glick, P., Fiske, S. (1996). The ambivalent sexism inventory: differentiating hostile and benevolent sexism. Journal of personality and social psychology, vol 70, N°3, 491-512.

Glick, P., Lameiras, M., & Castro, Y. M. (2002). Education and the catholic religiosity as predictors of hostile and benevolent sexism toward women and men. Sex Roles, 47, 433–441. http://dx.doi.org/10.1023/A:1021696209949

Glick, P., Sakalli-Ugurlu, N., Ferreira, M. C., Aguiar de Souza, M. (2002). Ambivalent sexism and attitudes toward wife abuse in Turkey and Brazil. Psychology of Women Quaterly, 26, 292_297.

Deconnick, K., S., De Landro, V. (2016). Bitch Planet. Comics Glénat.

Le Menn, N. (2018). Libérez-vous des réflexes sexistes au travail!. InterÉditions.

Mikolajczak, M., Pietrzak, J. (2014). Ambivalent sexism and religion: connected through values. Sex roles, 70, 387-399. DOI 10.1007/s11199-014-0379-3

Sarlet, M., Dardenne, B. (2012). Le sexisme bienveillant comme processus de maintien des inégalités sociales entre les genre. L'année psychologique, 112, 435-463.

Shevchenko, I., Hillier, P. (2017). Anatomie de l’oppression. Éditions du Seuil.

Sidanius, J., & Pratto, F. (1999). Social dominance: An intergroup theory of social hierarchy and oppression. New York: Cambridge University Press.


Notes de bas de page: 
1 « Quand le sexisme se veut bienveillant…. » retrouvé également sur le site de l’Université de Liège à https://web.archive.org/web/20170517094554/http://reflexions.ulg.ac.be/cms/c_25043/fr/quand-le-sexisme-se-veut-bienveillant?part=1 les auteurs de cet article basé sur ceux de Dardenne et Marie Sarlet ne sont pas mentionnés et ne figurent pas dans la bibliographie.

2 Cette approche binaire marque l'imaginaire, en témoigne "La maman et la putain" un film français de 1973 de Jean Eustache, où le héros doit se décider entre deux femmes, celles-ci sont donc "la maman" et "la putain".

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