Prudence Nazeyrollas  PsyNancy
Psychopraticienne - Coach
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Mouvements anti-genre en Europe

9 Aout 2019

[Difficulté de lecture complexe, temps de lecture estimé à 20 minutes]
Campagnes anti-genre en Europe, LMPT en France, discriminations sexistes et LGBTphobes

Sommaire
I) Les mouvements anti-genre
II) Les stratégies employées par les mouvements anti-genre III) Conclusion sur les campagnes anti-genre

 

I) Les mouvements anti-genre

a) Présentation des mouvements anti-genre


Les mouvements anti-genre, européens ou non, existent depuis les années 1990 avec une expansion depuis les années 2010.
Ces mouvements défendent une vision essentialiste des hommes et des femmes comme étant intrinsèquement différents et complémentaires. L'Épiscopat polonais a d’ailleurs déclaré :
« Les personnes qui ne sont pas sûres de leur identité sexuelle ne sont pas capables de découvrir ni d’accomplir les tâches auxquelles elles doivent faire face dans leur vie conjugale, familiale, sociale et professionnelle. »
Souvent ces mouvements sont dits réactionnaires, se positionnant comme un contre-mouvement, contre les mouvements féministes et de défense des droits LGBT. Cependant, au sein de certains pays sans mouvements féministes et LGBT d’ampleur, les mouvements anti-genre existent quand même et se placent dans une optique prophylactique, de prévention vis-à-vis de revendication d’égalité.
 
 

b) « L’idéologie du genre » ou la « théorie du genre »


Ils se positionnent comme en lutte contre « l'idéologie du genre », « le genderisme », ou la « théorie du genre », en opposition aux militantismes féministe et LGBT. Le vocabulaire utilisé variant en fonction des pays.

Ces dénominations d’« idéologie du genre » ou de « théorie du genre » ne correspondent à aucune définition arrêtée. Ces termes flous peuvent donc servir d’épouvantail, de repoussoir, de « colle symbolique », de « signifiant vide » entraînant un rejet vif mais mal défini et pouvant être partagé par différentes populations (catholiques, conservateur·rices, militant·es anti-avortement, masculinistes, anti-féministes, anti-LGBT, extrême droite, nationalistes, etc.) autorisant ainsi une grande coalition s’insurgeant autour d’une cause commune la plus large possible. Les termes d’« idéologie du genre » sont un paravent qui peut regrouper de nombreuses et variables acceptations tout en le présentant comme un groupe homogène (« PMA, GPA, genre, mariage gay : tout est lié » scande ainsi LMPT). Il permet d’être largement étendu et adapté aux contextes en fonction des besoins. Ainsi en Autriche, la lutte contre « l’idéologie du genre » a été invoquée pour demander l’annulation de la reconnaissance pénale du viol conjugal.

 
« Autrement dit, la notion d’« idéologie du genre » est une représentation (erronée) des théories (dé)constructivistes féministes et queer progressistes dans le champ du genre et de la sexualité. » (Mayer & Sauer, In : Campagnes anti-genre en Europe, sous la direction de Kuhar & Paternotte, 2018).
 
 

c) Les revendications des mouvements anti-genre


Les mouvements anti-genre regroupent différents mouvements de mobilisation autour de cinq grandes thématiques :
  • Les droits des personnes LGBT (notamment refus de l'ouverture du mariage aux personnes de même sexe, de la reconnaissance des familles homoparentales, de l’ouverture de la PMA aux couples de femmes).
  • Les droits reproductifs (IVG, contraception, PMA… les mouvements anti-genre s’appuyant fortement sur les bases des mouvements anti-avortement).
  • L'éducation sexuelle à l’école. Au nom de l’innocence infantile, refus de l’éducation sexuelle et de la lutte contre les discriminations et les stéréotypes de genre à l'école.
  • Les études de genre universitaires. Au sein des mouvements anti-genre, les études de genre sont déconsidérées, perçues comme idéologiques et non scientifiques. Le concept social de genre est refusé pour ne laisser la place qu’au sexe biologique.
  • La démocratie. Pour eux, les lois contre les discriminations vont à l’encontre de leurs libertés religieuses et d’expression.


 

II) Les stratégies employées par les mouvements anti-genre

1) L’utilisation des réseaux catholiques et anti-choix pré-existants


Les mouvements anti-genre n’ont pas émergé ex-nihilo mais se sont appuyés sur des réseaux déjà implantés : les écoles catholiques, les fidèles des Églises, les personnages politiques ; en utilisant des ressources déjà existantes : savoirs-faire militants, réseaux de diffusion et de mobilisation de l’Église catholique, serveurs internet, adresses mails, etc.
Le Vatican et le catholicisme romain ont été à la base de la création et du développement des mouvements anti-genre ; à l’exception de la Russie où l’Église Orthodoxe Russe (ÉOR) domine (les catholiques n’y représentent que 0,1 % de la population). Des accords et échanges idéologiques et de militant·es s’opérèrent au sein de coalitions avec d’autres religions (juive, protestante, musulmane, orthodoxe, catholique).
Amorcé dans les années 1990 (Jean-Paul II), en 2005 (élection de Benoît XVI), le combat contre le genre était devenu une des priorités de l’Église.

Ces liens entre le Vatican et les mouvements anti-genre en Europe sont plus ou moins étroits et visibles en fonction des pays. On note essentiellement deux pôles :
  • Dans les pays où l’Église catholique a perdu son ancien statut d’autorité morale, notamment en raison de scandales sexuels (agressions sexuelles, viols, pédocriminalité), et/ou financiers, sa participation a été dissimulée. Des associations présentées comme non confessionnelles ont été crées, même si on retrouve en grande partie les mêmes personnes que dans les associations catholiques. Cela a permis de recruter de nouveaux profils et d’étendre leur public au-delà des groupes conservateurs habituels.
  • Dans les pays où l’Église catholique est encore une autorité morale et politique acceptée, son influence se fait de manière ouverte et cristallise les identités nationale, ethnique et religieuse. Elle se pose en défenseuse de la tradition et de l’identité culturelle nationale contre une influence présentée comme extérieure et corruptrice.

 

2) La défense de l’identité nationale


Au travers de la religion, d’une race supposée, de la résistance face à l’Europe et à la mondialisation, les mouvements anti-genre se présentent comme des défenseurs de l’identité nationale des pays au sein desquels ils agissent. Ils font ressortir des inquiétudes sur la démographie et la définition de l’identité nationale : Comment se définir au sein de sa nation ? Qu’est-ce que cela signifie d’être Russe, Français·e, Slovène ? Les mouvements anti-genre sont liés aux mouvements nationalistes et viennent répondre à ces angoisses en fournissant un ennemi commun à combattre, un Autre, un étranger, un contre-nature, un anti-traditionnel à rejeter.

Cette stratégie est en particulier manifeste avec l’emploi du terme « gender », plutôt que d’utiliser le terme dans la langue du pays (« genre » en français). Le pape François a parlé de « colonisation idéologique », on perçoit bien la notion d’étranger et de menace extérieure. Cette stratégie est intéressante car les mouvements anti-genre européens utilisent un terme anglophone (gender) pour faciliter le rejet du concept (étranger) sous-jacent de genre tandis que les capitaux et expériences américaines dans la lutte anti-genre sont utilisés (grâce à des associations comme le WCF, World Congress of Families, confondé par des Américain·es et des Russes). « Les États-Unis apparaissent comme une plaque tournante fondamentale et plusieurs organisations européennes sont en fait des antennes régionales de mouvements étasuniens. »

Cette stratégie de l’ennemi étranger est particulièrement visible en France où l’anti-américanisme est historiquement marqué et en Russie qui se positionne comme la sauveuse des traditions contre l’Ouest dépravé.

 

3) Se liguer contre un ennemi commun


Comme nous l’avons déjà vu, les termes employés sont flous et non définis (« idéologie du genre », « théorie du genre », « genderisme », etc.). Ceci permet de présenter des populations comme des boucs-émissaires et des ennemis à abattre.

Ainsi, le père Oko affirme en 2014, que « les genderistes répandent l’inceste, la pédophilie et l’homosexualité », « les athées sont les plus grands criminels de l’histoire de l’humanité ». On notera des stratégies équivalentes à celles utilisées par le régime nazi (certains termes sont mêmes réutilisés à l’identique en Allemagne) ou d’autres régimes totalitaires : un bouc-émissaire est posé comme responsable des problèmes, et lie la population non pas autour d’un projet commun mais contre un ennemi commun.

 

4) Contre-nature


Les mouvements anti-genre se positionnent comme les garants protecteurs de la nature. Cette position est très clairement revendiquée : « L’idéologie du genre est destructrice, obscurantiste, anti-sociale, anti-populaire comme elle est anti-naturelle » LMPT, 2013.

On peut observer deux points principaux vis-à-vis de cette thématique de nature VS contre-nature :
  • L’homosexualité. L’homosexualité y est présentée comme une perversion contre-nature, ce qui est très intéressant étant donné que c’est une pratique humaine que l’on retrouve de tous temps et qu’on recense plus de 450 espèces animales ayant des pratiques homosexuelles, que « 5 % des activités sexuelles des oiseaux est homosexuelle », que « chez les oies cendrées, 20 % des couples sont formés par des animaux de même sexe ». La pertinence de la nature comme exemple en terme de sexualité étant encore à prouver. En effet, ce n’est pas parce que le dauphin rose de l’Amazone pratique le sexe nasal (introduction de son pénis dans l’évent de son partenaire) ou qu’un grand dauphin a été « observé entrain de s'enrouler une anguille frétillante autour du pénis » que nous devrions en faire de même.
  • Les hommes et les femmes. Les hommes et les femmes y sont vus comme intrinsèquement différents de par leur biologie, leur sexe et leurs rapports sont considérés comme normalement complémentaires, que ce soit au niveau de la division et répartition des tâches qu’au niveau de la sexualité (hétéronormativité). Alors que l’inégalité entre les sexes n’est due ni à la génétique, ni aux cerveaux, ni aux sexes, le fait d’avancer des explications naturelles à ces inégalités (essentialisation) vient bloquer toute justification et possibilité de développement de politiques d’égalité des chances.
L’espèce humaine est une espèce sociale (comme les lapins, les chiens...), nous fondons des villes (une colonie de termite vieille de 4 000 ans a créé 200 000 000 de monticules de terre de 2,5m de haut sur 230 000 km2), nous contrôlons notre environnement, pratiquons l’agriculture, l’élevage (les fourmis aussi), utilisons des outils (certains singes et corvidés également), etc. La notion de nature est-elle clairement définie ? Est-elle pertinente en matières de relations humaines ? N’est-elle pas associée à tort au bien, à la santé, à l’innocuité par opposition à un artificiel toxique ? Pourtant la digitale est naturelle, la peste noire qui a décimé de 30 à 50 % de la population de l’Europe aussi, alors que de nombreux traitements (insuline, antibiotiques, pacemakers par exemple) sont fabriqués. Ce qui est naturel n’est pas forcément meilleur que ce qui ne l’est pas. L’argument du naturel VS contre-nature apparaît donc comme non seulement faux, mais inapproprié.

 

5) La fin de l’humanité


Le champ sémantique de « l’apocalypse » est un ressort omniprésent des stratégies anti-genre. Cela rejoint l’idée de nature qui serait violentée, d’un risque de « destruction de l’humanité », de « requiem pour l’Europe », etc.
De nombreux messages reprennent des termes scientifiques en dehors de leur cadre pour augmenter la sensation d’inéluctable catastrophe. Le fait de perturber, de faire peur, permet de rendre le public plus malléable et perméable au message.
La politique de la peur et la stratégie du choc permettent de faire accepter plus facilement des mesures restreignant les libertés individuelles. Après tout, qu’est-ce que la possibilité pour quelques-un·es de se marier s’il s’agit de sauver l’humanité ? L’angoisse générée par un discours alarmiste, est un ressort émotionnel puissant pour faire accepter des mesures qui seraient réprouvées en dehors d’une période pensée comme une période de crise. Le journaliste américain, Mencken, écrivait à ce sujet : “The whole aim of practical politics is to keep the populace alarmed (and hence clamorous to be led to safety) by menacing it with an endless series of hobgoblins, all of them imaginary.” (« le but de la politique est de garder la population inquiète (et donc en demande d’être mise en sécurité), en la menaçant d’une série ininterrompue de monstres, tous étant imaginaires »).
Ce point articule la possibilité de se liguer contre un ennemi commun présenté comme éminemment dangereux, de se placer en garant défenseur de la nature, de l’humanité et si besoin en utilisant la désinformation afin d’augmenter au maximum la menace perçue.

 

6) L’innocence en danger et désinformation massive


Une des plus grandes batailles des mouvements anti-genre est d’empêcher l’éducation sexuelle et les enseignements contre les discriminations et stéréotypes de genre à l’école. L’argument principal étant qu’il faut protéger l’innocence des enfants et ne pas les sexualiser.
Nous rappelions que l’éducation sexuelle s’inscrit dans l’éducation à la santé, l’Organisation Mondiale de la Santé recommandant un « apprentissage des aspects cognitifs, émotionnels, sociaux, interactifs et physiques de la sexualité » adapté à l’âge des enfants.
Le cadrage de l’innocence de l’enfance est très efficace en Europe et est susceptible d’engendrer une panique morale.


 

a) Fake news et désinformation

En se basant sur certains faits réels, les militant·es anti-genre les déforment pour les rendre insupportables puis les répètent inlassablement, fabriquant des situations hypothétiques, fausses et aberrantes pour choquer l’opinion publique et rallier un maximum de personnes à leur cause.

Ainsi un tract croate de 2014 affirmait que « l’éducation sexuelle imposée par le gouvernement croate » aux enfants de 10 ans, allait « instaurer un « coin intime » dans les écoles maternelles, où les enfants sont censés se toucher mutuellement les parties intimes » et « un cours comprenant une description explicite et détaillée d’un acte homosexuel ».

En Slovénie, les militants anti-genre ont déclaré qu’en cas de décès des parents, les enfants ne pourraient pas être adoptés par leurs grands-parents, mais qu’ils le seraient par des couples homosexuels.

En France, alors que l’éducation sexuelle est obligatoire depuis 2001 (Loi n° 2001-588 du 4 juillet 2001, article 22, section 9 « Art. L. 312-16. - Une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d'au moins trois séances annuelles et par groupes d'âge homogène. »), les fake news autour des « cours de masturbation » à l’école ne sont apparues que 12 ans plus tard en 2013, et ont été associées aux Journée de Retrait de l’École.
Pourtant les contenus prévus en France sont orientés afin de permettre :
  • Une information scientifique autour de la santé sexuelle
  • Une prévention des risques (grossesses précoces non désirées, Infections Sexuellement Transmissibles dont le VIH) en expliquant les modes de contamination, la reproduction humaine, les moyens de protection et méthodes de contraception.
  • Une lutte contre les violences sexistes, sexuelles et homophobes
  • La promotion de la notion de consentement (respect de son corps et de celui des autres)

 

b) L’éducation sexuelle est-elle une récente innovation ?

L’éducation sexuelle débute en 1914, son contenu varie en fonction des intervenants : de la prévention des maladies vénériennes (médecins), du viol et de l’avortement (féministes), à la volonté d’entraver la connaissance de méthodes contraceptives (prêtres).
En 1973, l’éducation et l’information sexuelle à l’école commence à prendre forme. Elle se divise en deux parties : « l’information sexuelle » traitant d’anatomie, de reproduction humaine, cet aspect étant obligatoirement abordé ; tandis que l’aspect affectif de la sexualité humaine est largement délaissé et facultatif, c’est « l’éducation sexuelle ».
En 1985, confronté·es à l’épidémie de SIDA et à la mortalité importante à l’époque, l’éducation sexuelle est introduite à l’école primaire. Cette ligne de conduite se poursuit en 1992 en permettant plus de fluidité entre les associations et l’école, et en 1998 avec une circulaire venant aborder « l’éducation à la sexualité et prévention du sida ».
« La circulaire du 17 février 2003 relative à l’éducation à la sexualité dans les écoles, les collèges et les lycées, indique que l’éducation à la sexualité s’inscrit dans une démarche éducative qui répond à des questions de santé publique (grossesses précoces non désirées, infections sexuellement transmissibles, dont le VIH/sida) mais également à des problématiques concernant les relations entre garçons et filles, les violences sexuelles, la pornographie ou encore la lutte contre les préjugés sexistes ou homophobes » (Poutrain, V., 2014).

Actuellement, lorsque nous parlons d’éducation sexuelle, plusieurs thématiques sont envisagées : la santé reproductive, la prévention des maladies, la santé affective et sexuelle, le consentement et la lutte contre les violences… L’éducation sexuelle est donc assez ancienne et son contenu évolue avec les découvertes scientifiques, les maladies et les sociétés.

 

c) Jeunesse LGBT

L’augmentation du risque de suicide chez les jeunes LGBT (de 1,5 à 12 fois plus élevé) par rapport aux jeunes hétérosexuel·les est largement documentée. Une grande partie de cette augmentation de la suicidalité est liée aux discriminations, violences, et stigmatisations dont sont victimes les personnes LGBT. La lutte contre les violences et discriminations homophobes au sein des séances d’éducation à la santé sexuelle marque la volonté de protéger de ces adolescent·es.
« Au cours de la dernière décennie, les chercheurs se sont accordés à penser que les taux élevés de tentatives de suicide et de troubles mentaux observés chez les personnes LGB étaient en partie expliqués par la stigmatisation sociale, les préjugés et la discrimination associés à l’orientation sexuelle des minorités (Cochran, Mays & Sullivan , 2003; de Graaf et al., 2006; King et al., 2008; Mays et Cochran, 2001; McCabe, Bostwick, Hughes, West et Boyd, 2010). » (Haas & coll, 2011).

La prévention du suicide des adolescents LGBT passe par un travail de déstigmatisation des personnes LGBT, de psychoéducation (stress, risque suicidaire, troubles mentaux...), d’éducation à la santé (toxicomanies) et d’éducation sexuelle (sur les variations et les pratiques), de lutte contre le harcèlement et les violences à l’école.

 

d) La pornographie

Un travail de déconstruction de la pornographie et des représentions au cinéma classique est à faire (de nombreuses scènes présentées comme romantiques sont des agressions sexuelles : l’homme attrape la femme sans son consentement, la plaque contre un mur et l’embrasse de force et/ou par surprise). La pornographie présente d’innombrables scènes de violences ciblant en particulier les femmes.
Plus de la moitié des 15-17 ans ont déjà surfé sur des sites pour y voir des films ou images pornographiques, 64 % des garçons ont déjà visionné une vidéo X. L’omniprésence des ordinateurs, tablettes et smartphones, rendent le porno accessible à tout moment. Parmi les garçons ayant déjà regardé un film X, environ 80 % l’ont fait avant l’âge de 15 ans et 15 % avant 12 ans. Plus de la moitié des adolescent·es ont été confronté·es par hasard à une vidéo pornographique.
Visiblement les adolescent·es seront, pour la plupart, exposé·es à des contenus pornographiques. N’est-il pas souhaitable d’en parler, de déconstruire ce qu’iels pourraient voir ou avoir vu et leur permettre de prendre de la distance avec ces contenus en favorisant une éducation au consentement et des espaces de parole respectueux ?
Presque la moitié des 15-17 ans considèrent que les vidéos pornographiques ont participé à leur apprentissage de la sexualité (44 % de ceux ayant déjà eu un rapport et ayant déjà regardé une vidéo pornographique ont essayé de reproduire des scènes ou pratiques vues dans un film porno). L’éducation sexuelle doit-elle être laissée à l’industrie du porno ?


 

e) IST

Parfois banalisées, les IST peuvent avoir des conséquences très lourdes. Entre 2012 et 2016, les IST à Chlamydia et à Gonocoques ont triplées, touchant particulièrement les jeunes de 15 à 24 ans (le nombre de cas de syphilis restant stable).
Ainsi la chlamydiose, bien que souvent asymptomatique, et touchant majoritairement des jeunes femmes de 15 à 24 ans, est responsable de nombreuses grossesses extra-utérines (un tiers des GEU) et de stérilité.
Le VIH continue à être mal connu chez les adolescent·es alors que celleux-ci estiment être bien informé·es. Le nombre de nouvelles contamination a augmenté depuis 2007. 12% des personnes ayant découvert leur séropositivité en 2015 avaient mois de 25 ans.


 

f) Homosexualité et homoparentalité


Le cas de l’étude Regnerus : En 2012, Mark Regnerus (sociologue à l’université du Texas et dont les financements ont été également critiqués), publie une étude sur les enfants élevés dans des familles avec au moins un parent ayant eu des relations homosexuelles entre la naissance et les 18 ans de l’enfant, et à la connaissance de ce dernier (moins de 250 personnes et encore moins élevées depuis la naissance par un couple homoparental). Il conclue que ces enfants étaient plus à risque de tentative de suicide, de MST, d’être abusés sexuellement, etc. Au moment où l’étude sort, elle détonne dans le paysage universitaire car de nombreuses autres études antérieures montraient le contraire. Certain·es chercheur·euses se sont alors penché·es sur cette étude et ont mis en lumière de très nombreuses erreurs. Lorsque les erreurs de Regnerus sont corrigées et lors de répliques, les résultats ne montrent pas de différence importante.
Bien que la méthodologie de cette étude ait été très critiquée, les mouvements anti-genre ont continué à s’appuyer sur elle pour diaboliser l’homoparentalité alors que justement cette étude ne porte pas sur l’homoparentalité mais sur les enfants élevés par au moins un parent ayant eu des relations homosexuelles pendant son enfance. Sont comparés les « enfants élevés au sein d’un couple hétérosexuel stable » à des « enfants élevés par au moins un parent ayant eu au moins une relation homosexuelle connue». Mais on ne peut pas comparer ces groupes : il aurait fallu catégoriser en terme de relations stables ou non (et le définir par des critères objectifs, observables et quantifiables) ; monoparentale ou non ; d’homoparentalité ou d’hétéroparentalité ; ici les facteurs sont mélangés et ne permettent pas d’identifier les facteurs réellement en cause.

En 2018, est sortie dans New England Journal of Medecine, une étude longitudinale menée sur 32 ans auprès de 154 mères, qui a pu montrer que les enfants de couples lesbiens étaient aussi équilibrés que ceux des couples hétéros. Aucun abus sexuel n’a été reporté ce qui est très largement en dessous des moyennes (26 % des personnes de 17 ans rapportent un abus et 8 % un abus sexuel par un parent).
Les études longitudinales sont plus coûteuses mais permettent d’éviter certains biais. Ici, les enfants de 25 ans avaient des scores de santé mentale aussi bon que ceux des autres adultes. L’étude a débuté en 1986 et les familles ont été suivies depuis l’insémination.
Comme limite à l’étude nous pouvons remarquer que les familles concernées étaient blanches et de classe moyenne. Les enfants ont cependant été comparés avec d’autres enfants présentant les mêmes caractéristiques socio-économiques, ethniques et d’âge, les groupes sont donc comparables entre eux, mais des répliques avec des populations plus variées pourraient être intéressantes.

On peut également citer Calzo J., Mays V. M., Björkenstam C., Björkenstam E., Kosidou K., Cochran S. D. (2017) et leur étude menée entre 2013 et 2015 sur le bien-être des enfants et le questionnaire SDQ (questionnaire des forces et difficultés, des points forts et des points faibles en français) qui ne retrouvait pas de différence entre les enfants issus de parents homosexuels ou hétérosexuels. Une légère différence a été observée chez les enfants de parents bisexuels mais après ajustement en fonction de leur stress (indicateur de stress chez les minorités) cette différence disparaissait.
Ces résultats sont très intéressants, car ils confirment (encore une fois), qu’il n’existe pas de différence notable liée à l’orientation sexuelle des parents mais qu’il est nécessaire de chercher et mettre en place des stratégies afin de prévenir les discriminations liées à l’orientation sexuelle afin de diminuer le stress des minorités. Certaines différences (prévalence de monoparentalité chez les LGB un peu plus élevée) pouvant être expliquées par les discriminations et la stigmatisation. On voit donc émerger l’idée que pour aider les enfants, il faut aider et soutenir leurs familles.

Pour conclure sur l’homoparentalité, de nombreuses études (Golombok ; 1983 ; Kirkpatrick, 1981 ; Golombok, 1997 ; Flaks et coll., 1995, etc.) convergent globalement vers une absence de différence (en termes d’estime de soi, d’intelligence, de pathologies psychiatriques, de quantité ou de qualité des relations sociales) entre enfants issus de familles hétéroparentales ou homoparentales. Les rares différences parfois observées (un peu plus de prudence dans les relations sociales chez les enfants issus de familles homoparentales par exemple) sont les mêmes que celles généralement observées chez les populations minoritaires.


 

7) Victimisation et renversement victimaire


Les mouvements anti-genre se placent en victime des mouvements féministes et de défense des droits LGBT. La « France d’en bas » serait privée de la liberté d’éduquer selon les convictions des parents par la faute d’élites internationales corrompues et elle serait également victime de discrimination (« christianophobie »). On note également des positions complotistes (« l’agenda du genre », « plan secret »).
Les défenseurs des droits LGBT et féministes sont présentés comme des ennemis, des « Autres » cherchant à imposer une idéologie totalitaire (on retrouve un ensemble d’associations avec le nazisme, le marxisme, le fascisme avec par exemple des termes comme « féminazies », « fascisme du genre », « gaystapo », « marxisme 2.0 »

En 2013 l’évêque polonais, Tadeus Pieronek, déclarait que :« L’idéologie du genre est pire que le communisme et le nazisme réunis » (la Pologne a pourtant souffert de millions de victime de ces idéologies).
On notera également qu’en Pologne la communication sur les enfants a été particulièrement virulente, le début de la campagne anti-genre s’étant enclenchée au moment de l’émergence de scandales pédophiles dans l’Église, il y avait donc un besoin urgent de détourner l’attention, de reporter la responsabilité vers un autre ennemi (un archevêque polonais a expliqué que les enfants étaient demandeurs auprès des prêtres parce que les familles étaient brisées et à cause de l’éducation sexuelle ; on peut donc particulièrement bien observer le renversement victimaire dans cet exemple) et de se placer en position de défenseur des enfants.

 

8) Intimidations et utilisation d’Internet


On peut constater l’intimidation des militant·es progressistes dans certains pays allant jusqu’à l’emprisonnement comme cela a été le cas pour les Pussy Riot en Russie, ainsi que des formes plus dématérialisées comme le bombardement de leurs adresses mails (plusieurs centaines de mail par heure en vue de les rendre inutilisables).
Internet a été largement investi avec la création de communautés virtuelles, le développement d’un sentiment d’appartenance à un groupe et l’apparition de relais de pétitions en ligne.


 

9) Le marketing, une imagerie branchée


Une imagerie jeune, dynamique et attrayante évoquant celles des Gay Prides, marches des Fiertés, et techno parades a été développée. Cette présentation permet de casser l’image véhiculée par les attitudes conservatrices. De la même manière, ont été mises en lumières des personnes jeunes, racisées et LGBT alors que LMPT « est pour l’essentiel composée de personnes blanches, chrétiennes, de droite et issues des classes aisées » afin de rajeunir l’image du mouvement en lui donnant l’apparence d’un mouvement branché, pop, jeune.

 

III) Conclusion sur les campagnes anti-genre


Certaines origines et stratégies sont partagées dans les différents pays européens, d’autres sont spécifiques aux contextes historiques et sociaux de ces pays. Le mouvement anti-genre est nettement transfrontalier et n’est pas limité ni à certains pays, ni à l’Europe. Les réseaux anti-genre partagent leurs savoirs-faire, leurs idées, leurs militant·es, et élaborent collectivement leurs stratégies.

Les coalitions internationales anti-genre ont fortement gagné en solidité et en étendue ces dix dernières années, que ce soit en Europe, aux États-Unis ou en Amérique Latine. Elles tendent à se pérenniser et à transformer les collectifs et les associations en partis politiques.


 

Pour aller plus loin…


Sur les campagnes anti-genre en Europe, je vous conseille vivement la lecture du livre « Campagnes anti-genre en Europe » sous la direction de Roman Kuhar et David Paternotte, aux éditions des Presses Universitaires de Lyon (2018).

Sur la suicidalité LGBT, cet excellent rapport en anglais, disponible en ligne : « Suicide and Suicide Risk in Lesbian, Gay, Bisexual, and Transgender Populations: Review and Recommendations. Journal of homosexuality. » https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3662085/


 

Sources

Calzo J., Mays V. M., Björkenstam C., Björkenstam E., Kosidou K., Cochran S. D., (2017). Parental Sexual Orientation and Children's Psychological Well?Being: 2013–2015 National Health Interview Survey. https://doi.org/10.1111/cdev.12989

Franc, A. (2017). Sida: les jeunes toujours mal informés, donc mal armés. Le figaro Santé. http://sante.lefigaro.fr/article/les-jeunes-sont-toujours-mal-informes-donc-mal-armes-face-au-sida/

Haas, A.P., Eliason, M., Mays, V. M., Mathy, R. M., Cochran, S. D., D’Augelli, A. R., Silverman, M. M., Fisher, P. W., Hughes, T., Rosario, M., Russell, S. T., Malley, E., Reed, J., Litts, D. A., Haller, E. Sell, R. L., Remafedi, G., Bradford, J., Beautrais, A. L., Brown, G. K., Diamond, G. M., Friedman, M. S., Garofalo, R., Turner, M. S., Hollibaugh, A. Clayton, P. J., (2011). Suicide and Suicide Risk in Lesbian, Gay, Bisexual, and Transgender Populations: Review and Recommendations. Journal of homosexuality. Doi: 10.1080/00918369.2011.534038. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3662085/

Héritier, F. (2017). Hommes, femmes : la construction de la différence. Éditions Le Pommier.

Husson, A.-C., (2015). Stratégies lexicales et argumentatives dans le discours anti-genre : le lexique de VigiGender. Sextant 2015-31. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01250678/document

Kuhar, R., Paternotte D., (2018). Campagnes anti-genre en Europe. Des mobilisations contre l'égalité. Presses Universitaires de Lyon.

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