Télévision chez l'enfant et violence

Mis à jour : juil. 6

Développement de la violence chez l'enfant face à l'exposition télévisuelle


J'ai choisi de largement simplifier et reformuler pour expliquer brièvement ce que l'auteur explique, ceci afin d'être comprise par plus de monde, si le sujet vous intéresse et que vous souhaitez développer, je vous encourage à lire ce livre : « Les enfants et la violence » sous la direction de CHILAND et YOUNG et en particulier l'article de B.S.CENTERWALL, chapitre 11 « Télévision et développement du surmoi : chemin vers la violence ».

Vous pouvez retrouver d'autres informations et recommandations dans l'article "Pas d'écran avant 3 ans!".


L'imitation

Dès quelques heures après la naissance les nouveaux-nés commencent à imiter les adultes, ils peuvent reproduire les mimiques de ceux-ci. L'imitation est essentielle pour les enfants, elle est innée, instinctive, même réflexe.

Les enfants apprennent essentiellement grâce à elle (de nombreuses études le montrent, Meltzoff, 1988) et ce même via un poste de télévision.

L'auteur indique que jusque vers 3-4 ans les enfants ne font pas correctement la différence entre la réalité et la/les fictions même si un adulte les accompagne et leur explique. Je pense que cette limite entre réalité et fiction reste floue jusque vers 6-7 ans et dans le cadre de la télévision on pourrait même aller au-delà, car même pour les adultes la frontière peut être floue (scénario écrit pour la télé-réalité, chorégraphie prévue pour du catch, film « inspiré de faits réels »...).


Notel

La télévision est arrivée en 1973 à Notel (une petite ville du Canada qui n'avait pas pu y avoir accès avant pour des raisons technologiques). Les comportements agressifs des enfants directement observables (les coups, les morsures, les pincements...) ont été comptabilisés dans trois communautés : celle de Notel et deux villes témoins où rien ne change.

Deux ans après l'introduction de la télévision à Notel il n'y a pas d'augmentation des comportements agressifs dans les deux villes témoins mais une augmentation de 160% à Notel.


L'étude d'ERON et HUESMAN, 1984

Cette étude s'est déroulée sur plus de 20 ans et a conclu que la fréquence (en terme de faible, moyen ou élevé) selon laquelle les enfants regardaient la télévision à 8 ans prédisait la gravité des actes criminels à 30 ans (en terme de faible, moyen ou élevé) chez les hommes et les femmes.


CENTERWALL, arrivée de la télévision aux USA, en Afrique du Sud et au Canada

La télévision est arrivée aux USA en 1945 et en Afrique du Sud en 1975. Entre 45 et 75 l'Afrique du Sud a bénéficié des mêmes médias que dans les autres pays, hormis la télévision.

Étant donné que les conditions de vie de la population noire d'Afrique du Sud et des États-Unis sont très différentes, au contraire des populations blanches (en Afrique du Sud, USA et Canada), l'auteur n'a retenu que la criminalité des « blancs » (sauf pour le Canada, car 97% de la population était blanche).


Nombre d'homicides par an pour une population de 100 000 habitants:


Les homicides sont essentiellement le fait d'adultes, et on observe bien un décalage de 10 à 15 ans dans les courbes d'augmentation des homicides en parallèle de l'introduction de la télévision. On remarque le même parallèle entre les populations les plus aisées, blanches (la télévision était un luxe puis son prix a baissé permettant son acquisition par des populations moins aisées) et les minorités (plus économiquement défavorisées). De même pour les régions ayant acquis la télévision plus tardivement aux USA (corrélation 0,82 donc corrélation très forte). Et encore entre les grands centres métropolitains, et les petites villes...

La saturation en télévision a eu lieu dans les années 60 et on observe effectivement une stagnation à partir de 74 soit 10-15 ans plus tard.


Constitution du Surmoi et télévision

Pour Centerwall la télévision agit directement au niveau de la constitution du Surmoi. Pour simplifier, le surmoi est l'instance qui va regrouper notre conscience, nos valeurs de ce qui est bien ou mal, de ce que l'on doit faire, on l'acquiert enfant au contact de notre société et surtout de nos parents qui vont nous enseigner leurs valeurs.

Il va reprendre 4 points caractéristiques de ce que nous associons à un « bon parent », à une bonne source de modélisation (prendre pour modèle) et mettre en parallèle avec une télévision. Malheureusement, à mon avis, vu la place que prend la télévision dans nos foyers, elle est aussi présente (voir plus) qu'un parent et on pourrait la considérer comme le troisième parent, un parent hautement pathogène.

*: J'ajoute cela en raison des études Nadel & Al. Des bébés ont été mis en présence de leur mères auxquelles on a demandé de rester avec un visage impassible. Les bébés ont été très déstabilisés, et se sont mis à pleurer au bout d'un moment. L'étude a été répétée avec une vidéo de la mère en décalage de 30 secondes et encore une fois les bébés ont eu des réactions montrant leur désarroi. La télévision offre des images qui bougent, des visages également mais qui ne sont pas en synchronicité avec l'enfant et cela est très perturbant.

Et pourtant cette angoisse peut tout à fait ne pas être visible, c'est d'ailleurs généralement le cas, car la télévision a tendance à modifier la conscience pour faire plonger dans un état hypnotique (MULHOLLAND, dans les années 60, en observant des tracés EEG de personnes regardant la télévision).

Conclusion

CENTERWALL a montré que la télévision était néfaste pour les enfants et pour la société qui les accueille vis-à-vis des homicides, la télévision double le risque de tuer un autre être humain. Il paraît légitime de s'interroger sur des effets moins extrêmes et de limiter l'exposition des enfants. Il ne s'agit pas seulement des programmes mais le média télévision en lui même est en question.


Compléments

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