Femmes et Sport


1) Hypersexualisation

A) Les vêtements

a) Beach handball

En juillet dernier l’équipe féminine de Beach handball de Norvège, a reçu une amende de 1500€ (150€ par joueuse) pour avoir joué en short et non en bikini. La tenue réglementaire impliquant un maximum de 10cm de fesse couverte. De plus, elles ont dû se changer et porter un bas de bikini afin de ne pas être disqualifiées de la compétition, malgré leur protestation sur l’inconfort de la tenue, particulièrement aggravé pendant les règles.

On notera que les hommes portent un short, et que les équipes de beach-volley ne sont plus soumises au bikini.


b) Saut en longueur paralympique


Olivia Breen, athlète paralympique britannique, s’est vue reprocher son short « trop court » et « inapproprié » selon une arbitre.


On remarquera ici un double standard : le corps des femmes et des athlètes femmes, est toujours hypersexualisé (ici sexualisé dans un contexte où il n’a pas lieu d’être sexualisé) mais ceci de manière souhaitable ou non, en fonction du statut de femme handicapée ou non.

B) Cadrage et male gaze


Les athlètes femmes semblent parfois être prises pour faire belles, sexy et non pour leurs performances.

Ainsi, la grimpeuse autrichienne Johanna Färber, dénonce la diffusion de photos de plans serrés et inappropriés de ses fesses lors de ses performances et l’hypersexualisation associée, notamment par sa propre fédération L’IFSC (Fédération Internationale d'Escalade).


À l'occasion des JO de Tokyo, des athlètes de plusieurs disciplines ont dénoncé l'hypersexualisation des femmes dans le sport.

C) Les réponses sorores


Le problème des vêtements et des remarques ciblant les femmes athlètes est récurrent et certaines ont souhaité continuer ou soutenir le combat initié par d’autres.

Nous pouvons ainsi saluer l’équipe allemandes de gymnastique qui a choisi de porter des combinaisons intégrales plutôt que le justaucorps habituel, en faisant remarquer l’inconfort de la tenue pendant les règles et valorisant la possibilité de choisir sa tenue comme le remarque la gymnaste norvégienne Julie Erichsen :

« Je pense que c’est vraiment cool qu’elles aient le courage de se tenir dans une arène aussi énorme et de montrer aux filles du monde entier qu’on peut porter ce qu’on veut ».

« Nous voulions montrer que chaque femme, chaque personne, devrait pouvoir décider ce qu’elle veut porter », a expliqué Elisabeth Seitz au début de la compétition.

Le monde de la gymnastique est secoué depuis plusieurs années par des scandales internationaux d’agressions sexuelles et viols dont ont été victime de nombreuses jeunes gymnastes.


Simone Biles, incroyable gymnaste et victime de Larry Nassar a ainsi quitté Nike, pour rejoindre une marque plus féministe, Athleta, où elle souhaite développer une plateforme pour encourager la parole des femmes dans le sport et la société.

De son côté, la chanteuse américaine Pink, a proposé de payer l’amande des beach handballeuses norvégiennes.



Nous voyons ainsi ce magnifique mouvement de sororité dépasser l’univers du sport et les frontières des nations.


2) Accessibilité théorique et pratique, et conséquences


En dehors des compétitions, les sports sont accessibles aux deux sexes, du moins théoriquement, car concrètement, on observe une répartition genrée entre les sports (ainsi la gymnastique et la danse sont plutôt pratiquée par des filles, le foot et le rugby par des garçons1).


Les villes construisent, théoriquement, des terrains de sport pour l’ensemble des habitant·es, cependant, les sports choisis sont plutôt masculinisés : 95 à 100 % des garçons des usager·ères de ces infrastructures de sport en accès libre (skate park, cités stades avec 80 % du temps d’utilisation pour le foot, basket).

Ceci se retrouve également dans les cours d’école avec la partie centrale associée à un grand terrain de foot. Heureusement, les initiatives pour construire ou restaurer des cours d’école non genrées et avec plus de verdure prennent de l’ampleur.


Les jeunes filles commencent en général à décrocher du sport vers la 6ème, alors que la pratique régulière d’une activité physique permet d’accroître et de protéger la santé.


Les femmes représentent 37 % des licencié.e.s.

À l’écran, les représentations sont de 83% d’hommes et de 17% de femmes dans les programmes sportifs. Les articles de L’Equipe, journal spécialisé dans le sport, traitent à plus de 90% d’hommes (91,1% et à 8,9% de femmes). Pourtant 6 % des femmes et 16 % des hommes pratiquent un sport en compétition, quant aux Jeux Olympiques, les JO de 2024 ont été les premiers à atteindre la parité.

En 2019, Allyson Felix, sextuple championne olympique, dénonçait une décision de Nike, son sponsor et équipementier depuis plus de dix ans, qui avait décidé de diminuer ses rémunérations de 70% en raison de sa grossesse. Athlète la plus titrée (hommes et femmes confondu·e·s), mère et militante féministe, elle a quitté Nike, qui, pour la récupérer, a dû annoncer dans un communiqué que "si une athlète tombe enceinte, Nike ne peut appliquer aucune réduction liée à la performance pendant une période de 10 mois". Elle a finalement rejoint la marque Athleta.

3) Retravailler les représentations


Si les hommes ont en moyenne une performance accrue de 10 % par rapport aux femmes chez les sportifs par rapport aux sportives, il s’agit de moyennes et non de cas absolus et systématiques pour toustes.


Ainsi, on peut penser au match de tennis entre Billie Jean King et Bobby Riggs en 1973, avec la victoire de Billie Jean King. Cette histoire a été immortalisée par le film The Battle of Sexes en 2017 (la bataille des sexes). Bobby Riggs, âgé de 55 ans, clame publiquement que le tennis féminin est si inférieur au tennis masculin qu'il est lui-même encore capable de battre n'importe quelle femme sur un court de tennis, y compris les meilleures joueuses du moment. Bien évidemment, il se trompait.

Cela n’est pas non plus sans rappeler que de nombreux hommes pensent toujours ainsi. En effet, en 2019, une enquête révélait qu’un homme britannique sur huit pense pouvoir marquer un point contre Serena Williams (12 % des hommes contre 3 % des femmes).


On peut aussi penser au combat de la première compétition officielle de boxe anglaise mixte: opposant une femme, l’américaine Margaret McGregor, et un homme, le canadien Loi Chow, en 1999. La boxeuse ne trouvait plus d’adversaire à sa taille en boxe féminine et avait commencé à boxer après avoir été battue par son ancien mari: «Je me suis juré qu'aucun homme ne pourrait plus jamais me traiter de cette manière.». Elle remporta ce combat haut la main.


En ce qui concerne le domaine de la boxe, la ville de Nancy est marquée par une histoire très impressionnante en terme de boxe féminine puisqu’elle a accueilli 3 championnes mondiales de boxe :

- Valérie Hénin : Championne du monde de kick-boxing et de full contact dans les années 80, actuellement directrice du Punch, Elle avait remarqué que ses homologues masculins gagnaient des dizaines de fois plus qu’elle.

- Anne-Sophie Mathis : multiple championne du monde puis ASVP pour la ville de Nancy, elle entre cette année au musée de la gloire de la boxe féminine, The Women Boxing Hall of Fame de Las Vegas et à qui on avait dit que « la boxe, c’est un sport de garçon ».

- Anissa Meksen également multiple championne du monde, meilleure boxeuse de l’année 2014, elle est également détentrice d’un double master 2 « entraînement d'athlètes de haut niveau et enseignement du sport » et habite maintenant en Thaïlande.


Sources


CNews, Une arbitre juge la tenue d’une athlète paralympique « trop courte et inappropriée », https://www.cnews.fr/faits-divers/2021-07-20/une-arbitre-juge-la-tenue-dune-athlete-paralympique-trop-courte-et


CNews, Un homme sur huit pense pouvoir marquer un point contre Serena Williams, https://www.cnews.fr/sport/2019-07-14/tennis-un-homme-sur-huit-pense-quil-peut-marquer-un-point-contre-serena-williams

Huffpost, Aux JO de Tokyo, la tenue des gymnastes allemandes cache un message fort, https://www.huffingtonpost.fr/entry/aux-jo-de-tokyo-la-tenue-des-gymnastes-allemandes-cache-un-message-fort_fr_60fd6968e4b0d2a22d4c6a7f


Institut EgaliGone, Quelques chiffres pour appréhender les inégalités dans le sport, https://egaligone.org/2018/04/23/quelques-chiffres-pour-apprehender-les-inegalites-dans-le-sport/


L’Équipe, La chanteuse Pink propose de payer l'amende des handballeuses norvégiennes qui avaient refusé de jouer en bikini, https://www.lequipe.fr/Handball/Actualites/La-chanteuse-pink-propose-de-payer-l-amende-des-handballeuses-norvegiennes-qui-avaient-refuse-de-jouer-en-bikini/1273456

Le Parisien, JO de Tokyo : pour lutter contre l’hypersexualisation les gymnastes allemandes délaissent leur justaucorps, https://www.leparisien.fr/sports/jo-de-tokyo-pour-lutter-contre-lhypersexualisation-les-gymnastes-allemandes-delaissent-leur-justaucorps-27-07-2021-RMK6O2KBZNBUHPEAGRBHC3OCSI.php

Le Parisien, Beach handball : les Norvégiennes mises à l’amende pour avoir refusé le bikini !, https://www.leparisien.fr/sports/beach-handball-les-norvegiennes-mises-a-lamende-pour-avoir-refuse-le-bikini-21-07-2021-DI7XHNFFZ5BK3NN2LMPA3LJIDU.php


Libération, Tokyo 2021 : les gymnastes allemandes renvoient leur justaucorps au placard, https://www.liberation.fr/sports/jeux-olympiques/tokyo-2021-les-gymnastes-allemandes-renvoient-leur-justaucorps-au-placard-20210728_NX6AOZEMHJFOJC3BH2DV5KU4AI/


Libération, Boxe. Première: une femme rencontrait un homme en combat professionnel. Elle a mis les poings sur le «il», https://www.liberation.fr/sports/1999/10/11/boxe-premiere-une-femme-rencontrait-un-homme-en-combat-professionnel-elle-a-mis-les-poings-sur-le-il_285961/

PsyNancy, Prudence Nazeyrollas, Femmes dans l'espace public, https://www.psynancy.com/post/femmes-dans-l-espace-public

RTBF, Le pied de nez de l'athlète Allyson Felix à Nike, https://www.rtbf.be/info/dossier/les-grenades/detail_le-pied-de-nez-de-l-athlete-allyson-felix-a-nike-july-robert?id=10335035

Women sports, Infographie : la femme et le sport en France, on en est où ?, https://www.womensports.fr/infographie-la-femme-et-le-sport-en-france-on-en-est-ou/


1 Chez les mineur·es en 2013 : le rugby compte de 97% de garçons et de 3% de filles licencié·e·s, la gymnastique est constituée de 22% de garçons et de 78% de filles licencié·e·s, le football comprend 96% de garçons et 4% de filles licencié.e.s, la danse représente de 7% de garçons et 93% de filles licencié.e.s,

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